le logoLafarge soupçonné d’avoir financé Daech.


Le Monde" a dévoilé des documents accablants pour le géant du ciment.

Réalisme économique, erreur bénigne ou haute trahison ? C’est en tout cas une affaire pour le moins embarrassante pour le groupe français Lafarge, qui a été révélée, hier, dans "Le Monde".
Selon l’enquête du quotidien, le leader mondial de la construction, qui a fusionné l’an passé avec le suisse Holcim et dont le groupe belge GBL est actionnaire, aurait indirectement financé l’Etat islamique (EI), pendant plus d’un an en Syrie, pour assurer sa production. Le site industriel concerné est celui de Jalabiya, situé à 150 kilomètres au nord-est d’Alep.

Accords financiers

Depuis 2007, Lafarge, qui emploie plus de 63 000 personnes sur 1 621 sites de production, est propriétaire de cette cimenterie, achetée 600 millions d’euros. Avec des prévisions de production de près de 3 millions de tonnes de ciment par an, il s’agissait d’un beau pari sur l’avenir. Problème : depuis 2011 et le début de la guerre civile, la région est contrôlée par l’EI. En 2014, le groupe terroriste impose ses règles à tous les acteurs économiques de la région dont Lafarge, et contraint l’entreprise à suspendre la production. Le groupe français aurait alors trouvé des accords financiers avec l’organisation, afin qu’elle ferme les yeux sur l’approvisionnement du site, la circulation du ciment et l’ouverture des routes pour ses employés.

Photo de La Libre.be

Les mails échangés entre différents membres de la direction de Lafarge en Syrie - Frédéric Jolibois, directeur du site syrien depuis juillet 2014, et Ahmad Jaloudi, présenté comme un "gestionnaire des risques pour Lafarge" en charge de jouer les entremetteurs avec Daech ont été publiés par un site Internet syrien. Et c’est peu de dire qu’ils sont accablants. En plus de ces courriels, "Le Monde" fait état d’un "laissez-passer estampillé du tampon de l’EI et visé par le directeur des finances de la région concernée, daté du 11 septembre 2014". Plus grave encore, certains échanges "permettent de conclure que la direction de Lafarge à Paris était au courant de ces efforts". Ces agissements auraient continué jusqu’à la mi-septembre 2014, date à laquelle l’EI s’empare du site. Lafarge annonce alors l’arrêt de toute activité. Le groupe, désormais dénommé LafargeHolcim, a aussitôt réagi, en justifiant ces activités. "Entre 2010 et 2014, Lafarge a exploité une cimenterie à Jabaliya en Syrie, a confirmé le groupe. Le site répondait à un besoin de première nécessité de la population et aux besoins de développement économique de la Syrie." Mais il s’est refusé à évoquer directement les accusations de partenariat avec l’EI.

Quelles sanctions ?

Quels sont les risques encourus par la société ? Certains imaginent déjà des sanctions politiques, pour une multinationale suspectée d’avoir pactisé avec un groupe terroriste qui a déclaré la guerre à la France. Mais, pour l’heure, les autorités se sont bien gardées de réagir à la polémique. Au-delà, c’est à un risque d’image que s’expose Lafarge, qui avait déjà fait l’objet d’accusations similaires en février dernier. Mais si ses produits sont accessibles aux particuliers, l’entreprise réalise l’essentiel de son chiffre d’affaires auprès d’institutionnels (groupes de bâtiments et travaux publics, PME…), peut-être moins sensibles que le grand public aux conditions éthiques de production.

Source : La Libre.be